Rencontre Auteur(e) #001- Interview avec Clarence Pitz


INTERVIEW / vendredi, novembre 2nd, 2018

J’ai le plaisir de vous proposer une interview avec Clarence Pitz, auteure de la parole du chacal , un voyage culturel chez les Dogons au cœur du Mali. Je remercie Clarence Pitz d’avoir répondu à mes questions et peut-être au vôtre également!

Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs ?

Je suis une « jeune » auteur de 41 ans, originaire de Bruxelles et maman de 4 enfants.  J’ai commencé à écrire en avril 2017 et mon premier roman « La parole du chacal » a été publié en août 2018. Mes journées sont bien remplies puisque, à côté de l’écriture et de mon travail d’enseignante, je suis aussi guide touristique en course à pied et coach sportive.

Comment vous est venue l’envie d’écrire ?

J’ai commencé à écrire des chroniques sportives et culturelles pour un blog belge. Puis, une amie m’a lancé un défi que je n’ai pas résisté à relever et j’ai participé à un concours d’écriture en ligne. Les lecteurs ont été très positifs, ce qui m’a donné envie de continuer.

Vous êtes professeure d’Histoire de l’Art et d’Anthropologie. Comment arrivez-vous à concilier l’écriture et l’enseignement ?

Les deux sont tout à fait conciliables, puisqu’ils ont beaucoup de points communs. D’abord, il y a tout le travail de recherche et de compilation d’informations. Ensuite, il faut réfléchir à la structure pour enfin aboutir à la rédaction. Et, dans les deux cas, il faut être suffisamment explicite pour faire passer un message clair au lecteur/étudiant. Bien sûr, l’intention et le ton diffèrent totalement. On passe de la réalité pure et simple à la fiction.

Et pour ce qui est de l’emploi du temps, disons qu’il faut une sacrée dose d’organisation ! Je jongle en permanence entre mes différentes activités. Mais j’aime vivre à cent à l’heure, donc, ça me convient bien !

Dans la parole du Chacal vous vous êtes inspirée du pays Dogon au Mali. Êtes-vous allée au Mali ? Pourquoi avoir décidé de vous en inspirer pour en faire un livre ? Quel est le meilleur souvenir que vous avez gardé de ce voyage ?

J’ai eu la chance de visiter le Mali quand je terminais mes études. Le Pays dogon est unique, fascinant et terriblement inspirant ! Des falaises gigantesques sur lesquelles viennent se greffer des cases en brique crue, d’anciens habitats réhabilités en cimetières et une plaine qui s’étend à l’infini.

C’était un voyage aventureux, enrichissant mais aussi éprouvant et plein de rebondissements. Ce sont toutes ces aspects que j’ai voulu faire passer dans mon livre, en les poussant, bien évidemment, à l’extrême !

Je ne garde que des souvenirs formidables de cette expérience, même si certaines situations étaient épiques. Il y a peut-être un fait, ponctuel, qui pourrait presque paraître anodin, mais qui m’a fortement marquée lorsque je visitais un village dogon. Notre guide nous a montré une pierre, tellement insignifiante que nous serions passés à côté sans y prêter attention. Il nous a dit que nous pouvions y laisser ce qu’on voulait. Argent, appareil photo… peu importe, c’était un endroit prévu pour laisser des biens de valeur en toute confiance sans qu’ils soient volés. Le truc impensable quand on a grandi dans une capitale européenne ! J’ai compris qu’être confronté à d’autres modes de pensée nous renvoyait un miroir en pleine face et qu’on avait beaucoup à apprendre des autres cultures.

Vous qualifiez ce livre d’ethno thriller. Pourquoi ? Quelles sont les différences par rapport à un thriller «classique » ?

La parole du chacal est un suspense qui se déroule dans une culture et un environnement bien particuliers. Mais ça ne suffit pas, à mon sens, à le définir d’ethno thriller. En effet, à ce titre, n’importe quel polar se situant dans une région bien précise et un tant soit peu lointaine pourrait être qualifié d’ethnologique. Or, ce n’est pas le cas. Ce qui fait la particularité de « La parole du chacal », c’est que l’intrigue repose sur les coutumes et les croyances Dogons. Ce sont les piliers de l’histoire et si on les retire, tout s’écroule. Ils alimentent le récit et le font progresser. En d’autres termes, le Pays Dogon ne sert pas juste de décor, il est la colonne vertébrale de l’intrigue.

« Me voilà pris au piège, guêpier que j’ai construit de mes propres mains. J’aurais dû faire comme les autres, me contenter de rester en surface, de profiter du moment présent, de questionner distraitement, de me délecter du paysage grandiose, de la beauté des femmes et de l’insouciance des enfants. Si je m’étais astreint à vibrer au rythme des masques, dansant sous une chaleur de plomb, irisant les rocs acérés de leurs couleurs flamboyantes, je n’aurais pas à attendre ce sort inéluctable.»

Quel est le personnage qui a été le plus complexe à créer ? Et pourquoi ?

Armand, sans hésitation ! C’est un personnage très ambigu. Rédiger son carnet d’observation a été un véritable tour de force car je devais en dévoiler suffisamment mais pas trop non plus. Le dosage était compliqué et risqué ! Et puis, je voulais lui prêter une plume soutenue, à la fois poétique et scientifique. Pour ça, je me suis inspirée de certains classiques comme « Tristes tropiques » de Claude Lévi-Strauss et « Les lances du crépuscule » de Philippe Descola que j’ai pris beaucoup de plaisir à redécouvrir.

La parole du chacal a été finaliste du concours VSD/RTL et a terminé deuxième des votes du public. Les finalistes avaient trois mois pour écrire leur roman. Étant donné le court délai d’écriture, vous avez dû passer par toutes les émotions. Comment arrive-t-on à tenir jusqu’au bout ?

J’aime beaucoup travailler dans l’urgence. Je suis beaucoup plus efficace lorsque j’ai un couteau sous la gorge ! Blague à part, le rythme était presque intenable et j’ai clairement dû mettre ma vie sociale et familiale entre parenthèses. Je vivais en permanence avec mes personnages, je me réveillais la nuit pour noter une idée et je grapillais des minutes d’écriture sur mes heures de sommeil. Vu le délai, il n’était pas question de faire une pause ni de souffrir du syndrome de la page blanche ! Il y avait aussi les moments de doute qu’il fallait surmonter.

Pour cela, mon expérience de la course à pied et surtout des marathons m’a aidée. J’ai appris à prendre sur moi et à dépasser mes limites pour aller jusqu’au bout d’un projet. Et puis, les contacts réguliers avec d’autres finalistes ont été salvateurs. On s’est beaucoup soutenus les uns les autres.

Qu’avez-vous ressenti à la fin de l’écriture de la parole du chacal ?

Un grand vide. J’ai achevé le manuscrit mi-décembre et j’ai tout de suite ressenti le besoin de me remettre à écrire, de créer de nouveaux personnages et de « vivre » de nouvelles aventures avec eux. J’ai entamé l’écriture d’un nouveau roman dès le mois de janvier. Ça a été pour moi une façon de dire au revoir à Claire, Armand, Sacha et tous les autres.

Avez-vous d’autres projets d’écriture ? Allez-vous continuer à explorer le genre thriller ? Y a-t’-il un autre genre littéraire que vous envisageriez explorer à l’avenir ?

Je vais continuer à écrire des thrillers mais je ne veux pas me limiter à l’ethno thriller. J’ai déjà écrit un thriller historique qui se passe en Savoie au 19 ème Siècle et mon dernier roman, quant à lui, est un thriller policier dans lequel j’invite les lecteurs à découvrir Bruxelles et le monde du Street art. Je me promène donc dans ce genre littéraire ! Malgré tout, ces trois romans ont pas mal de points communs puisqu’ils reposent sur des faits culturels et que l’atmosphère d’un lieu est omniprésente, voire asphyxiante. Merci beaucoup pour cette interview !

J’espère que comme  moi vous avez passez un bon moment en compagnie de Clarence. Vous pouvez la retrouver sur les réseaux sociaux: FACEBOOK | INSTAGRAM

Je vous invite également à lire ma chronique de la parole du chacal  disponible ICI

 

 

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