Rencontre Auteur(e) #002- Interview avec S.N. Lemoing


INTERVIEW / vendredi, janvier 4th, 2019

Hello je vous retrouve pour la première interview de l’année. J’ouvre le bal avec SN. Lemoing, l’une des premières auteur(e)s a m’avoir fait découvrir l’autoédition. Aujourd’hui cette femme dynamique aux multiples-casquettes a bien voulu partager avec nous son expérience. Je la remercie d’avoir répondu à mes questions et peut-être au vôtre également!

Bonjour S N. Lemoing, peux-tu te présenter aux lectrices.eurs ?

Bonjour, j’ai 31 ans et je viens de la région parisienne. J’ai fait des études littéraires, puis à l’université, j’ai suivi un cursus dans l’audiovisuel. Par la suite, j’ai travaillé sur des tournages et dans la production. Mais comme il était assez difficile de faire produire mes propres idées, j’ai pris le train en marche de l’autoédition pour voir si mes écrits pouvaient intéresser. Depuis 2015, maintenant, je suis autrice indépendante. Et très récemment, j’ai signé mon premier contrat avec une maison d’édition : Litl’Book éditions, une équipe jeune et dynamique qui propose plein de beaux romans !

Qu’est-ce qui t’as décidé à te lancer dans l’écriture ?

J’ai toujours écrit. Quand j’étais petite, ça pouvait être des petites histoires, voire même des mini BD parce que j’aimais dessiner aussi. Et puis, à l’adolescence, je me suis passionnée pour le cinéma. J’ai commencé à me renseigner et écrire mes premiers scénarios. À la fac, j’ai pu suivre des cours sur à peu près tous les domaines de l’audiovisuel : réalisation, écriture de scénario, analyse de films, etc. Faire vivre mes histoires, ça me motivait beaucoup. J’ai écrit pour des web-séries et des courts-métrages entre autres. Mais quelque part, je ne pouvais pas faire ce que je voulais à 100%, et c’était un problème. Parce que c’est un milieu très masculin, et du coup, il y avait encore peu de place pour des personnages féminins authentiques.

L’autoédition, c’était une bonne alternative. À la fois, je pouvais écrire sans contrainte des histoires et des personnages qui n’étaient pas bridés par de nombreux stéréotypes. Quand je proposais des personnages badass, on me disait souvent « Ah, mais c’est un peu trop, dans les films ce n’est pas comme ça, c’est l’homme qui trouve les solutions, c’est lui le héros ».

Enfin bref, difficile de faire changer les mentalités, même avec des preuves puisque dans la réalité, il y a plein de femmes qui sauvent des vies tous les jours, qui réussissent l’impossible, ou qui ont été de réelles héroïnes au cours de l’Histoire.

D’où est-ce que tu tire l’inspiration ?  

Beaucoup, beaucoup de choses, que ce soit l’actualité, des thèmes particuliers, des photos, des voyages, des choses extraordinaires ou, à l’inverse, les petits éléments du quotidien qu’on ne considère plus. Après, j’attache une grande importance à des causes et des sujets comme l’écologie, le féminisme, la santé mentale, et bien d’autres. C’est aussi une chose qui me dérange souvent en lisant, il y a beaucoup d’histoires qui nous font ressentir un certain malaise en rabaissant des personnes ou des passions par exemple. Je préfère célébrer la diversité à la place !

Avant de te lancer dans un projet d’écriture, as-tu un petit rituel ?

Je ne sais pas trop, ou peut-être qu’inconsciemment, j’en ai un ? Mes projets sont assez différents les uns des autres, et les idées me viennent différemment également. Par exemple, certaines histoires me sont venues par des rêves, dans ce cas, je note tout ce dont je me souviens. Pour les autres, un peu pareil, je note tout dès qu’une idée me passe par la tête, parce que ça peut vite être oublié si entre temps quelqu’un vous parle ou vous appelle. Pour certains, j’écoute de la musique pour me mettre dans l’ambiance, je me crée un dossier où j’enregistre des photos en rapport avec le décor et les personnages. J’essaye de bien m’imprégner de l’ambiance surtout pour ce qui est de la SFFF. Pour mes écrits contemporains, c’est plus simple, en général. J’ai juste à penser à des anecdotes ou conversations. Quand on écrit sur le quotidien, c’est plus rapide. Enfin, j’imagine que beaucoup d’ autres auteurs.rices utilisent les mêmes méthodes.

Pour publier tes romans, tu as opté pour l’autoédition. Peux-tu nous en dire plus afin de partager ton expérience ?

Au début, je suivais l’autoédition de près, mais je ne savais pas si je pouvais vraiment me lancer. J’y ai souvent pensé, je me renseignais en attendant. Et puis, en 2015, j’ai fait le grand saut ! Franchement, je ne savais pas du tout à quoi m’attendre. Y aurait-il zéro lecture ou une poignée ? Personnellement, je voulais surtout avoir des avis sincères de personnes qui s’y connaissent bien pour voir si mes histoires pouvaient plaire aux lecteurs.rices et aux maisons d’édition. J’ai donc commencé à contacter des blogueuses, et à ma surprise, j’ai eu plus de réponses positives que je ne m’y attendais. Les choses se sont enchaînées très vite, il y a eu beaucoup de chroniques. Ça m’a encouragé à continuer. J’avais envoyé mon premier roman à quelques grandes maisons d’édition, mais soit je n’avais pas de réponse, soit elles étaient négatives. L’autoédition me paraissait être la seule solution, du moins, dans un premier temps.

Il y a plusieurs manières de mener ses projets autoédités, on peut passer par des sites qui gèrent la création de l’ebook, la distribution, etc. mais c’est payant, il faut avoir un budget. D’autres ne passent pas par les chroniques. Mais pour moi, c’est important d’avoir des avis directs et d’en parler avec les lecteurs. Si j’écris, c’est aussi pour partager, discuter de certains sujets, pas juste pour vendre.

Et les chroniques, c’est super pour ça, parce que j’ai plein de retours détaillés là où les lecteurs.rices sont plus timides et nous contactent plus rarement. C’est un peu le même principe que pour l’audiovisuel pour moi, quand on participe à un festival, après la projection, on discute avec le public, on parle des sujets abordés, on décortique l’oeuvre, c’est un angle qui me plaît beaucoup !

Dans tes romans, tu explores des genres différents ; fantasy, chick-lit, et bit lit. Quelle est la difficulté de passer de l’un à l’autre ?  As-tu une préférence ?

Je ne ressens pas vraiment de difficulté pour passer de l’un à l’autre, j’aime des choses tellement différentes et opposées, parfois, que c’est un peu une spécialité chez moi, je crois. J’ai beaucoup d’amis qui s’en étonnent, par exemple, j’adore le métal, mais je peux aussi écouter de la pop comme Ariana Grande ou Demi Lovato lol. J’ai toujours aimé la SFFF, les histoires épiques, les mondes imaginaires, et d’un autre côté, j’aime aussi parler des relations amoureuses avec des amis hommes et femmes, on se questionne sur nos attentes, nos déceptions et plein d’autres choses. Ce qui aide, c’est de se mettre dans l’ambiance pour écrire. J’ai aussi eu la chance de suivre des super cours sur les genres littéraires et cinématographiques, mais il y en a que je ne tenterai sûrement pas parce que j’ai plus de mal, ce n’est pas trop mon univers. Et puis, d’un autre côté, j’aime bien justement mélanger un peu les opposés, c’est là que ça devient très intéressant ! Est-ce que ça prend ou non ? Par exemple, dans « Les Calices du Temps », j’ai mélangé pas mal de choses, je me suis lâchée comme on dit. Entre historique, humour, policier, science-fiction, romance.

Je pense que je préfère ça, changer de genre, parce que la chose que je n’aimerais vraiment pas, c’est d’avoir l’impression d’écrire toujours la même chose ou de rester dans le même univers tout le temps.

La trilogie des calices du temps

Quel est le livre dont tu es la plus fière et pourquoi ?

Aïe, aïe, aïe, très dur de choisir ! C’est comme des enfants, on les aime tous lol. Quelque part, je dirais peut-être « Powerful », parce que c’est le premier, le plus long jusqu’à maintenant, le plus ambitieux, peut-être ?

Powerful tome 1

Il y a beaucoup de choses que je voulais montrer : qu’on peut avoir de nombreux personnages féminins qui ne sont pas là pour faire joli ou qui sont juste un prétexte pour mettre en valeur les personnages masculins. Elles ont chacune leur histoire, leur personnalité, leurs ambitions. Ça ressemble plus à la réalité et aux femmes et jeunes filles que je connais, que j’ai déjà vues autour de moi. J’y parle aussi de la nature, du fait que les humains ont tout à y gagner en la préservant et en essayant de mieux la connaître. J’ai pu aussi écrire pas mal de scènes d’action, depuis que j’ai découvert, et surtout, pratiqué les arts martiaux, j’y suis totalement accro. J’étais déjà fascinée avant, mais quand on se retrouve dans un combat, qu’on n’est plus seulement spectateur.rice, ça aide vraiment à écrire. On voit les choses autrement, ça apporte tellement de choses de pratiquer soi-même quand on écrit. Les chorégraphies, les cascades, la précision, c’est tellement passionnant ! Et pour en revenir aux personnages, non seulement je voulais montrer des femmes plus réalistes, mais pour les masculins aussi, je voulais qu’on sorte des stéréotypes. Proposer des profils qu’on voit plus rarement dans la fantasy, c’était aussi plus stimulant que d’utiliser toujours le même type de personnages.

Il semble que tu préfères les séries aux one shot comme le démontrent tes romans. Pourquoi ?

Ce n’est pas vraiment un choix personnel, ce sont plutôt les personnages et les idées qui me l’imposent lol. Quand des histoires me viennent, il y a toujours plein d’autres idées qui suivent. Par exemple, pour « Shewolf », je voulais en faire un one shot à la base.

Shewolf tome 1

Et puis, en écrivant, il y a tellement d’autres choses qui me sont venues. Et les lectrices.eurs veulent souvent savoir ce qu’il va se passer par la suite, que deviennent les personnages ? Et en tant que lectrice moi-même, je m’imagine souvent ce qu’il pourrait arriver.

Quand on pense à tous les défis que pourrait relever un personnage au cours de sa vie, ça peut aller loin ! Et comme j’aime les personnages forts, plus ils rencontrent de difficultés, plus ils prennent de coups, plus ils essayent de se relever, et plus je trouve ça intéressant.

Shewolf tome 2

Tous tes livres ont le même dénominateur commun : des personnages féminins “badass”, l’écologie et divers sujets actuels. Pourquoi ?

Oui, premièrement, ce sont des sujets qui ont toujours été importants pour moi. Quand j’étais petite par exemple, la plupart des personnages féminins que je voyais ne m’inspiraient pas beaucoup. Je me disais « Pourquoi c’est toujours l’homme qui sauve la planète ? » ou « Pourquoi les films avec des femmes ne parlent que de mode et de shopping ? », alors que dans la réalité, c’est tout autre. Il y a plein de femmes différentes qui travaillent dur, cumulent des jobs, et en plus, à côté, se démènent pour s’occuper de leurs enfants, des policières, des pompières, des infirmières, des chirurgiennes, etc. Et toutes ne s’intéressent pas qu’au monde de la mode même s’il n’y a rien de mal à aimer ça.

Mais les femmes ont été enfermées dans des cases. Le fait que la fiction ne reflétait pas la réalité, ça m’a toujours gêné. Et le fait qu’on ait moins de modèles que les garçons, c’était injuste aussi. En fait, un peu tous les sujets qui étaient éludés et moqués dans le passé sont enfin considérés sérieusement, car beaucoup de personnes se sont rendu compte qu’ils étaient importants. J’écris juste dans la continuité.

Ou encore, depuis des décennies, les scientifiques et des associations nous préviennent qu’il faut faire attention à notre environnement, à notre planète, il y avait plein de sceptiques, et aujourd’hui, malheureusement, la planète leur montre que ses défenseurs avaient raison.

Aujourd’hui quel bilan fais-tu de ton expérience en tant qu’écrivain?

Je suis heureuse du chemin parcouru, ça a été long, très long et difficile, surtout quand on est passionné et qu’on a plein d’idées, quand on vit écriture. Le fait d’avoir mon premier roman signé dans une maison d’édition est une nouvelle aventure qui commence. La possibilité de faire des salons et dédicaces ! Mais je sais qu’il reste encore beaucoup de choses à faire. J’ai plusieurs suites et romans à écrire encore. J’ai hâte !

Tu as participé à la co-écriture d’un recueil de nouvelles dont le sujet principal est le harcèlement dans les lieux publics. Peux-tu nous en dire plus ?

Oui, en fait j’avais une idée un peu similaire en tête depuis quelque temps. Parler du sujet tout en aidant des auteurs.rices autoédités à se faire connaître. Et puis, justement, Charlotte Blanchard, une autre autrice, m’a contactée et m’a parlé de son idée. Alors, on s’est lancées dans le projet, on a publié un appel à textes et on a eu plein de nouvelles diverses et intéressantes !

Recueil dénonçant le harcèlement de rue

Depuis, le recueil a été publié aux formats ebook et papier, il y a 17 nouvelles en tout. On voulait vraiment que plusieurs points de vue soient représentés que ce soit des jeunes femmes ou femmes plus âgées, des couples homosexuels, des personnes affichant un look atypique ou autres. Les personnes le plus souvent victimes de harcèlement, tout simplement. On avait peur d’avoir des histoires qui se ressemblent trop, mais au final, ça a marché. Il y a de tous les genres, des éléments très différents mis en avant par chaque histoire et des écritures pour tous les goûts également. Sur la page Facebook du recueil, vous pouvez lire des extraits de chaque nouvelle.

As- tu d’autres livres en préparation et des sorties prévues bientôt ?

Oui, les priorités sont le tome 2 de « Shewolf », « Le recueil des ex » un spin-off de « Mes 7 ex » du point de vue des ex, et l’épisode 3 de « Les Calices du Temps ». J’ai du pain sur la planche, mais c’est génial, j’adore écrire toutes ces histoires et essayer de surprendre mon lectorat !

Un petit mot pour la fin ?

Merci beaucoup pour cette interview et pour ton précieux soutien ! Merci à toutes les personnes qui lisent des autoédités, car souvent, c’est parce que les maisons d’éditions sont saturées de manuscrits ou n’ouvrent pas les soumissions au moment où l’on tente sa chance que nous prenons ce chemin. On fait comme on peut pour montrer de quoi notre travail est fait, et parfois, aussi, pour avoir une grande liberté sur des sujets novateurs ou encore trop incompris, malheureusement.

J’espère que comme  moi vous avez passé un bon moment en compagnie de S.N. Lemoing. Vous pouvez la retrouver sur les réseaux sociaux ICI

PS: En cliquant sur les couvertures des livres présentés dans l’article, vous aurez directement accès à leur pages facebook.

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