Rencontre Auteur(e) #004 – Interview de Manu Causse


INTERVIEW / jeudi, juillet 23rd, 2020

J’ai le plaisir de vous proposer une interview de Manu Causse, co-auteur de collectif black bone, une série  prévue en 4 tomes. Dans cette saga, nous suivrons les aventures d’un groupe de lanceurs d’alerte, qui va dénoncer les travers et les réalités liés aux industries et à notre société de consommation à travers diverses thématiques. Le premier volet a porté sur le business des smartphones avec en toile de fond, les minerais de sang. Une lecture enrichissante que j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir. Pour en savoir plus sur les coulisses de ce projet, j’ai contacté Manu Causse, co-auteur de ce roman, qui a gentiment accepté de répondre à mes questions et peut-être au vôtre également. Je le remercie pour sa participation. 


Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs ? 

Bonjour, je suis Manu Causse, auteur, traducteur et scénariste. J’ai 48 ans, je vis à Toulouse, dans le sud-ouest de la France. J’écris depuis environ 15 ans, aussi bien des romans ou des albums jeunesse que des livres pour les vieux, pardon, les adultes, ainsi que des scénarios de BD, de court-métrages ou de jeux vidéo.

Vous avez exercé le métier de professeur de français avant de vous consacrer pleinement à l’écriture. Quel a été votre déclic ? Quelles sont les difficultés que vous avez dû surmonter. Et quels conseils donneriez-vous à des personnes voulant suivre votre exemple. 

Quand j’ai publié mon premier recueil de nouvelles, j’étais encore prof de Français… et très amoureux. Je me suis rendu compte que j’avais envie d’arrêter un moment l’enseignement pour me consacrer à l’écriture (et un peu à l’amour). J’ai donc fait un break, qui dure encore aujourd’hui. Comme j’étais amoureux, et que j’avais très envie d’écrire, je n’ai pas vraiment connu de difficultés : tout me paraissait assez simple.

En fait, j’ai appris plein de trucs au fur et à mesure, et je continue à en apprendre (comme l’écriture de scénarios, par exemple). A des personnes qui voudraient suivre mon exemple, je dirais : ne suivez pas mon exemple  Il n’est pas très facile de vivre de son écriture (j’ai un fils qui en rêve, et qui se rend compte que c’est assez compliqué). 

En revanche, je pense qu’il faut beaucoup écrire, beaucoup lire, beaucoup essayer de comprendre comment fonctionnent les textes qui nous plaisent (ou ceux qui ne nous plaisent pas), se contraindre à une certaine régularité de travail sans que ça devienne une obsession ou une manie… et chercher un rapport au plaisir. Ça ne veut pas dire être tout le temps dans le plaisir de l’écriture, du récit ou de l’imaginaire, mais c’est une boussole à consulter fréquemment. Bref : écrire, ce n’est pas un travail, mais beaucoup de travail, alors autant être sûr de ce qu’on cherche.

Vous êtes auteur d’une vingtaine de livres pour la jeunesse et les adultes. Quelles sont vos inspirations ? 

Je me pose rarement la question de l’inspiration. Il arrive assez souvent qu’on me commande des livres ou des projets, qu’on me propose de travailler pour une collection, un public, un format… Je peux aussi décider d’écrire pour la BD ou le cinéma, voire les chansons, parce que ce sont des univers que j’adore. A partir de ces contraintes formelles, je me sens libre d’explorer, de rechercher, et les idées viennent très vite. Je me sers aussi beaucoup de mes émotions – l’amour, le deuil, l’envie de voir changer les choses, mon rapport à la nature – pour fabriquer des histoires ou des personnages.

Avez-vous un petit rituel avant de vous lancer dans un nouveau projet d’écriture ? 

Pas vraiment avant de me lancer, mais c’est vrai que j’aime avoir un carnet neuf pour les projets que j’écris à la main (ce n’est pas le cas de tous) et un stylo violet d’un modèle bien précis. Pour les projets écrits à l’ordinateur (pour différentes raisons), je ne commence en général à écrire que quand j’ai un plan très détaillé.

J’ai eu le plaisir de lire le premier tome de la série “collectif blackbone” dont vous êtes l’un des auteurs. Pouvez-vous nous expliquer brièvement comment vous avez procédé pour écrire ce roman à 4 ? Et quelles ont été les défis à relever pour réussir cet exercice. 

A l’origine, il y a le projet de Marie Mazas, éditrice, d’incarner des questions contemporaines et urgentes, souvent liées à l’écologie, dans des récits pour jeunes adultes. C’est elle qui a défini cet idée de « thriller engagé ». Nous avons commencé à en parler avec elle et mon épouse, Emmanuelle Urien, qui est aussi autrice et traductrice, et avec qui je travaille souvent. Pour nous documenter et écrire les parties journalistiques, nous avons fait appel à une amie commune, journaliste et autrice, Maylis Jean-Préau. Nous nous entendons bien, et nous apprenons au fur et à mesure à collaborer, en prenant chacun un rôle précis. Mais le choix des thèmes et les grandes lignes de l’histoire sont issues d’un travail commun, de longues réunions où, pour tout avouer, on s’amuse bien malgré le côté dramatique de certains sujets.

En lisant ce premier tome, on prend conscience du travail de recherche réalisé en amont. Combien de temps vous a-t-il fallu pour écrire ce roman ? 

Il a dû s’écouler plus d’un an entre ma rencontre avec Marie Mazas et le moment où nous avons rendu le premier tome. Nous avons dû, comme pour une série télé, définir un univers, des grandes lignes, ce qu’on appelle des « arches narratives ». Nous avons très vite rencontré les éditeurs de chez Nathan, qui ont eu un coup de cœur pour le concept. Nous l’avons retravaillé ensemble, tout en menant beaucoup de recherches, grâce au talent de Maylis. Celles-ci nourrissaient en même temps l’intrigue de l’histoire. Ensuite, il nous a fallu passer à l’écriture proprement dite, et le plus compliqué a peut-être été de trouver un ton commun, une écriture qui ne laisse pas voir les « coutures » (changements d’auteur). Ces étapes ont été plus rapides pour l’écriture du tome 2 et du tome 3 (en cours), mais ça ne veut pas dire que nous écrivons plus vite : au contraire, nous en profitons pour tenter de nous améliorer.

Dès sa sortie, ce livre a été qualifié de thriller engagé. Quelles sont les différences avec un “thriller classique”. 

D’abord, j’ai beaucoup de copains auteurs de romans policiers et thrillers qui me taquinent à cause de cette appellation : le thriller, surtout en France, est souvent engagé, il évoque des situations ou des milieux bien précis, a une dimension politique, exige une grande documentation…

Mais effectivement, la série Blackbone évoque des enjeux fondamentaux à nos yeux, en matière d’écologie, de justice et d’équité. C’est bien le travail journalistique qui aide à construire l’intrigue ; Marie, notre personnage, et ses proches, ouvrent à décrire la réalité de notre monde, et sont en quelque sorte des « lanceurs d’alerte » inspirés de figures comme Greta Thumberg. Je pense qu’on pourrait dire que nous avons écrit, d’une certaine façon, des « thrillers environnementaux ». 

Dans ce premier tome, le thème central concerne le trafic d’humains et de minerais rares liés au business des smartphones. Quels sont les messages que vous souhaitez véhiculer à vos lecteurs.rices.

Nous ne souhaitons pas donner de leçons. Même en ayant une conscience aiguë des problèmes que font naître l’exploitation du coltan ou l’obsolescence programmée, nous sommes nous-mêmes un tout petit peu accros à nos téléphones… Nous essayons juste de poser une situation réelle, ses enjeux, les questions qu’elle entraîne, et de partager avec nos lectrices et lecteurs nos interrogations, nos inquiétudes et nos espoirs. Nous espérons participer et apporter notre modeste part à une prise de conscience globale qui engendrera un monde meilleur.

Quel est le personnage qui a été le plus complexe à construire ? Pourquoi ? 

Il est difficile de répondre à cette question, car d’une part, dans le tome 1, nous nous sommes souvent partagés les personnages ; et d’autre part, je crois que la construction d’un personnage est au final ce que j’aime le plus dans l’écriture. Il n’y a donc rien de vraiment « complexe »  En fait, j’adore créer des méchants qui cachent au fond d’eux une immense part d’humanité, imaginer leur trajectoire, aider le lecteur à les détester, mais à les comprendre en même temps… J’ai aussi beaucoup apprécié le personnage de Vianney, le journaliste de terrain en République Démocratique du Congo (RDC), car il se fonde sur les échanges que j’ai pu avoir avec un jeune avocat sur place – qui lui a donné son nom. Le faire agir était une façon de rendre hommage à mon correspondant.

Quels sont les trois mots qui qualifient parfaitement cette œuvre. 

Je vous laisse les trouver ; j’ai du mal à qualifier – ou à relire – les romans que j’ai écrits. Ils appartiennent maintenant aux lectrices et lecteurs.

Le deuxième tome de la série (récemment sorti) est axé dans l’univers de la mode. Quelles sont les surprises que réserve cette suite ? 

Mais si je le dis, ce ne sera plus des surprises… Je peux simplement révéler que nous avons pris énormément de plaisir à faire revenir nos personnages, comme une deuxième saison plus ambitieuse que la première, et à les faire agir dans des endroits aussi différents que le Cambodge et l’Italie.

Avez-vous d’autres livres en préparation et des sorties prévues prochainement ?

Comme dit, nous travaillons actuellement sur le tome 3 de Blackbone, qui se déroule en partie en Amérique du Sud, et traite de la question des ressources alimentaires. A titre personnel, j’ai plusieurs qui viennent de sortir ou à paraître l’année prochaine, mais je ne les donne pas ici, sinon mes coautrices vont me gronder…

Un petit mot pour la fin ? 

Je suis sincèrement flatté d’avoir pu répondre à vos questions, et j’espère que la série plaira à nos lectrices et lecteurs africains francophones (et plus si traduction !), et de façon générale que ces romans pourront accompagner la nouvelle génération à inventer un monde meilleur.

Merci d’avoir pris le temps de répondre à mes questions !

Merci à vous, elles sont très pertinentes.

J’espère que comme  moi vous avez passez un bon moment en compagnie de Manu Causse. Vous pouvez suivre son actualité ses réseaux: SITE WEB | INSTAGRAM

Ma chronique du premier tome de Collectif blackbone, Coltan Song est diponibles par ici.

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